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L'Infolettre de France Univers

L'ARBRE A TIROIRS par Hubert de Champris

19 Décembre 2010 , Rédigé par France Univers Prom Publié dans #Information culturelle

La chronique anachronique de Hubert de Champris

Tropiques des Capricorne

   On a lu il y a peu que le valeureux et vaillant Sébastien Lapaque, qui court les rues à l’égal d’un Bernanos en plus ramassé et semble habité de la même flamme, avait été lors d’un cocktail souffleté par un Jean d’Ormesson offensé. Nonobstant toute considération sur la forme, on louera toutefois ce dernier. Revenant sur son roman Au plaisir de Dieu, il nous énonça cette vérité première laquelle, lorsqu’elle est perçue, assimilée, travaillée jusqu’à ce qu’elle en devienne une obsession, signe le véritable écrivain et la conscience qu’il doit avoir de son noyau constitutif : avant Dieu, c’était le temps qui en était le héros. Certes, en bonne métaphysique, Dieu demeurait premier en tant précisément que créateur de l’espace et du temps, et l’écrivain – ce créateur de second ordre – n’était pas sans certaines accointances avec Lui puisqu’il aspire mutatis mutandis à rejoindre par les lignes cette éternité que, dès le départ, nous n’aurions jamais du quitter et dont il s’efforce à retrouver la senteur, ce bonheur immobile qui se confond avec les béatitudes. Mais, que voulez-vous, engagé dans l’Histoire, les pieds sur terre, l’homme de lettres (et vous avez noté qu’il n’y avait lieu de distinguer cette espèce-là de son synonyme d’écrivain) fait avec ce qu’il a – le temps – cette matière première chérie et abhorrée à la fois dont il a fini par comprendre qu’elle ne deviendrait la source de toutes ses richesses qu’en l’habitant. Oui, habiter le temps, s’y abriter, s’en occuper en occupant son espace ; s’en extraire de temps en temps, le regarder alors de haut comme une animal malfaisant, de loin comme une époque maudite dont on conjure le retour, toujours avec ce sentiment qui s’approche de la miséricorde et qui a nom : commisération. C’est là la nostalgie malheureuse. Quant à la celle qui s’applique au passé bienheureux, nous l’appellerons nostalgie du futur puisque son objet même réside non dans l’ambition de sa reconstitution ou de sa commémoration, mais dans sa réitération. Toute littérature en vérité alterne avec plus ou moins de talent, voire de génie, entre ces deux cheminements.

Amis lecteurs, cette entrée en matière – dans la matière du temps, vous l’avez saisi – pour vous dire que la vie littéraire n’est probablement pas tout à fait celle qu’en cette expression vous croyez entendre. L’adjectif « littéraire » pourra être compris comme un complément de nom, un génitif objectif (la vie de la littérature) et un génitif subjectif (la vie, la vraie vie en sa dimension littéraire ou, plus précisément, en ce qu’elle est, ou doit être liée de façon consubstantielle à la littérature). La vie nous devra avoir un air, un bon air littéraire. C’est dire que la littérature est ici le contraire de ce que le vulgus pecum entend lorsqu’il emploie l’expression : « oh ! ce n’est que littérature ! », manière de dire que c’est du pipeau, du sentiment, du féminin, du subjectif et du faux. La littérature, c’est la réalité, mieux : la vérité du réel mais mise en forme. C’est dire aussi que la littérature, le sentiment du littéraire, la saisie de l’éphémère, l’acharnement avec lequel, vaille que vaille, l’écrivain s’efforce de le prolonger jusqu’à nourrir l’ambition (quand bien même ce ne serait que noble illusion) de l’immortaliser ne se lovent pas uniquement dans le genre – bien souvent le mauvais genre – du roman. A l’examen, c’est avec dilection qu’ils se nichent dans le genre de l’essai, du récit, du document, de la monographie, de la biographie, que nous savons-nous encore…

   Tenez, il ne paye pas de mine cet Arbre à tiroirs (1) d’un certain Jack Forget, économiste de son état, ici mémorialiste d’un Paris 54 et de ses états d’âme sans fioritures aucunes, usant du présent narratif ,– temps pauvre à l’usage d’un temps bienheureux. On subodore en lui le complexe du Capricorne, de cet orphelin de fait ou de droit, peu importe, qui vous fait la grâce de vous faire croire qu’il n’y pas lieu de s’appesantir sur l’offense, la pesanteur, la chape de plomb que furent, à sept ans, l’absence de mère et d’enfance. Mille cent cinquante quatre, année fantasque, année fondatrice de la vie de ces gamins précocement adultes, ainsi condamnés à l’adolescence éternelle. On comprend ce qui, en ce livre, a plu à Michel Mourlet, son éditeur : l’évidence d’un style narratif sans apprêts qui est comme l’humilité qu’il sied à la littérature de se revêtir lorsque la matière qu’elle traite avec une sorte de déférente sollicitude, resplendit déjà en elle-même de l’éclat de sa densité. Entre Drouot et les Halles, la Coupole et le dix-septième, nous imaginons comme si nous y étions (et, peut-être, d’une certaine manière, avant de s’incarner nos mânes repéraient-elles déjà les lieux), ce poulbot des années cinquante, autodidacte en sa chair, en son âme et qu’à l’inverse d’une bonne part de la jeunesse actuelle, on pouvait laisser livré à lui-même puisque l’environnement, comme de source, permettait à tout un chacun, et même aux plus orphelins, de saisir son identité.

(1)  Jack Forget, L’Arbre à tiroirs - Août 1954-, France Univers, 143 p., 19 €.

 

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clovis simard 24/02/2011 18:14


Bonjour,

Vous êtes cordialement invité à visiter mon blog.

Description : Mon Blog(fermaton.over-blog.com), présente le développement mathématique de la conscience humaine.

La Page No-12: CHÊNES ! THÉORÈME DES CHÊNES.

LA GÉNÈSE DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE

Cordialement

Clovis Simard